Séminaire CRIVA du Mardi 16 juin 2026 de 20H30 à 22H45
« Quand la voix opère ; Opérations analytiques, opérations vocales »
En Zoom avec Ghilaine Jeannot-Pagès & Claire Gillie

TITRE & ARGUMENT Ghilaine JEANNOT-PAGÈS : « Voix opérative, voix spéculative »
Dans l’expérience de la parole et de la voix, deux régimes se distinguent : l’opératif et le spéculatif. Cette distinction ne recoupe pas exactement celle du sens et du non-sens, pas plus que celle de l’action et de la pensée. Elle engage deux modes de rapport du sujet au langage, au corps à l’Autre.
La parole spéculative relève de l’ordre du miroir, du speculum : elle réfléchit et ouvre un espace dans lequel le sujet cherche à se comprendre à travers les éléments de son langage. La parole réfléchie permet une élaboration, une production de sens.
La parole opérative, au contraire, ne vise pas prioritairement la compréhension, mais l’effet. Elle agit et transforme une situation subjective. Dans l’énoncé juridique, l’injonction surmoïque ou l’interprétation analytique, la parole ne réfléchit pas ; elle produit un effet réel. Elle ne relève pas d’une logique de l’interprétation mais de l’acte.
Cette première distinction est cependant incomplète tant qu’elle ne s’appuie pas sur une seconde, plus radicale : celle de la parole et de la voix. Nous rappellerons que la voix est un objet pulsionnel qui se distingue donc du son comme de la parole. Si la voix spéculative serait celle qui soutiendrait l’imaginaire et produirait, pour un sujet, son espace fantasmatique, comment agirait la voix opérative en ce qu’elle porte un reste corporel irréductible au langage ? Quels enjeux lorsque corps et voix se disjoignent ?
Ghilaine JEANNOT-PAGÈS est professeur émérite en droit privé et sciences criminelles à la faculté de droit de Limoges et psychanalyste. Après des recherches en droit du sport, puis une activité politique en qualité de vice-présidente du conseil régional du Limousin, et la direction du centre juridique de Brive, Ghilaine Jeannot-Pages se consacre à la psychanalyse depuis l’obtention de son DEA en anthropologie psychanalytique à Paris 7. Elle est secrétaire et membre du CRIVA pour lequel elle a établi les statuts à l’aube de sa fondation. Elle intervient dans de nombreux colloques depuis les temps des Journées mondiales de la voix, et dans les séminaires et colloques du CRIVA, explorant le nouage entre juridique, politique et analytique.

TITRE & ARGUMENT Claire GILLIE : « Voix opérante, voix invocante ; de l'emprise au transfert à l'œuvre »
Il y a près de quarante ans, ma première intervention dans une institution analytique s'est inscrite lors d'un séminaire qui portait pour titre "La voix opéra". Comme un lapsus calami, "Voix opéra" a resurgi sous ma plume au moment de rédiger le titre de ce séminaire, et ce n'est pas innocent : il inscrit ce qui se joue ce soir dans la logique du palimpseste — une écriture qui revient sur elle-même et révèle ce qui était là depuis le début.
Car « quand la voix opère », elle le fait selon plusieurs régimes superposés. Elle opère comme le chirurgien opère — le scalpel réel qui tranche dans la chair du larynx, convoqué par le cancer, le papillomavirus, la demande transsexuelle chirurgicale sur les cordes vocales, ou la toxine botulique injectée en réponse à la dysphonie spasmodique, en faisant fi de toute interprétation analytique. Elle opère aussi comme emprise — et c'est peut-être là sa dimension la plus inquiétante. La Bemächtigungstrieb freudienne, cette pulsion d'emprise que Freud convoque seize fois dans son œuvre entre 1895 et 1939, se dévoie en pulsion convoquante : voix du tribun qui éructe l'ordre à des cohortes d'aller se faire massacrer, voix du loup-gourou qui capture, "désubjectivise", exile le sujet de son désir. Entre Beeinflussung — l'influencement — et Überwältigung — la domination par la violence —, le transfert sectaire soude un couple infernal de discours dont la voix est à la fois l'instrument et la victime. Ce sujet-là, éternel demandeur d'asile dans l'écoute de l'autre, finit parfois par frapper à la porte du cabinet de l'analyste.
Depuis l'anthropologie psychanalytique — croisant clinique du corps, clinique du social et clinique de l'inconscient — cette intervention tentera de déplier ce que Freud pressentait déjà en troquant le scalpel chirurgical pour l'écoute : que l'opération analytique est un acte hérétique au sens de l'haeresis lacanienne — porter un choix, ne pas céder sur son désir, tenir le déroulé de la parole opérante jusqu'à son terme, sans faire trembler le scalpel de l'écoute au moment d'entendre le Dire de l'analysant.
De la Bemächtigungstrieb au "brûlêtre", du loup-gourou au divan : ce qui opère dans une analyse, ce n'est pas le bistouri. C'est le transfert à l'œuvre
Claire GILLIE est Psychanalyste, membre d’Espace Analytique (A.M.E.a), et de la FEP (Fondation européenne pour la psychanalyse), docteur en Anthropologie Psychanalytique (Paris 7), chercheur associée au Laboratoire CRPMS de Paris 7, agrégée de musicologie (professeur en IUFM), pianiste et organiste. Également traductrice, elle a été chargée de cours à Paris 7 et Paris 3, après un parcours en ethnomusicologie (CNRS), sociologie (DEA). Elle a fondé et coordonné le D.U. « Voix et Symptômes, Psychopathologie et clinique de la Voix » à Paris 7, de 2013 à 2020. Elle a participé à une trentaine d’ouvrages publiés dans plusieurs langues, a écrit plus d’une centaine d’articles, et elle dirige la collection Voix/Psychanalyse chez Solipsy où elle a publié Voix éperdues. Présidente du CRIVA (Cercle de Recherche International Voix Analyse) dont elle est membre fondateur, elle organise des rencontres mettant les souffrances vocales à l’épreuve de la psychanalyse. Elle coordonne les récentes publications du CRIVA.











